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« De plus en plus d’entreprises encouragent leurs collaborateurs à enfourcher leur vélo »

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« Pousser les habitants de la périphérie à prendre leur vélo : voilà le grand défi des prochaines années. » C’est l’avis d’Eva Van Eenoo, présidente du Fietsersbond (fédération cycliste) à Gand et depuis peu chercheuse à la VUB, élue personnalité de l’année 2017 dans le domaine de la mobilité par la coupole flamande Netwerk Duurzame Mobiliteit (Réseau mobilité durable). « Il existe mille manières pour les entreprises d’encourager leurs collaborateurs à se déplacer à vélo. »

En 2018, Eva Van Eenoo a non seulement été distinguée pour ses efforts, mais elle a aussi décroché un nouveau job. Depuis peu, la Gantoise est en effet chercheuse à la Vrije Universiteit Brussel. Ce qui ne l’empêche pas de continuer à lutter pour une politique vélo efficace. 

Quel sera précisément votre rôle à la VUB ?

« Je serai l’assistante de Kobe Boussauw, professeur en aménagement du territoire et mobilité. Je mènerai également mes propres recherches sur ce thème dans le cadre d’un doctorat. Kobe a d’ailleurs lui aussi été élu personnalité de l’année dans le domaine de la mobilité en 2015. Mais le fait que nous travaillions ensemble aujourd’hui est purement le fruit du hasard ! »  

Quels sont, selon vous, les piliers d’une politique de mobilité moderne et durable ? 

« Je pense qu’une utilisation plus régulière du vélo peut permettre d’améliorer la mobilité dans les villes belges. Bon nombre d’entre elles agissent déjà en ce sens. Ainsi, Gand, Anvers et Bruges travaillent déjà d’arrache-pied pour mettre en place des mesures visant à rationaliser l’utilisation des voitures et à aménager de bonnes infrastructures pour les vélos dans leur centre historique. Mais nous devons également inciter les gens à utiliser le vélo en dehors du centre. Les Belges qui vivent en périphérie urbaine ne prennent pas toujours leur vélo pour rejoindre le centre-ville. Je pense que le défi des années à venir consistera à donner plus d’importance aux deux-roues dans ces zones périphériques. »  

« Pour y parvenir, il est certain que l’infrastructure cyclable jouera un rôle clé. Mais nous devons également étudier la possibilité de créer des milieux de vie plus adaptés à un quotidien sans voiture. Les personnes qui habitent dans un endroit où elles peuvent vivre sans voiture, ou tout au plus avec une voiture partagée, utiliseront bien plus vite leur vélo. »

Le vélo peut-il également être une solution au problème croissant des embouteillages dans notre pays ?

« Je ne pense pas que le vélo permettra de résorber les embarras de circulation quotidiens des navetteurs. Nous devons aborder ce problème de manière plus structurelle. Et surtout, éviter de résumer uniquement la mobilité aux embouteillages en Belgique. La sécurité et la qualité de vie, par exemple, ont au moins autant d’importance. Cependant, le vélo peut constituer une aide. Il est vrai qu’un grand nombre de déplacements quotidiens que les Belges effectuent en voiture pourraient en réalité se faire à vélo : la moitié des trajets de moins de 3 kilomètres se font encore en voiture. En favorisant le vélo pour ces trajets courts, nous pourrions déjà bénéficier d’une qualité de vie nettement supérieure dans nos villes. »

Constatez-vous que les entreprises aussi adoptent progressivement le vélo ? 

« Absolument. Il est de plus en plus courant d’effectuer les déplacements domicile-travail à vélo. Je vois également de nombreuses entreprises qui, spontanément, encouragent l’utilisation du vélo auprès de leurs employés. Avec succès, d’ailleurs. Dans le cadre de ma thèse sur l’aménagement du territoire urbain, j’ai par exemple étudié deux entreprises qui ont mis en place un système de location de vélos. Les employés peuvent ainsi louer un vélo en fonction de leurs besoins : un modèle pliable pour les navetteurs, avec triporteur pour les jeunes parents… Je pense également à De ideale woning, une société de logement social à Anvers : elle a fait l’acquisition de vélos électriques au lieu de voitures pour ses déplacements professionnels. Il est donc certain que les entreprises peuvent prendre elles-mêmes des mesures pour promouvoir le vélo. »

Enfin, quel est l’état actuel de l’infrastructure cyclable en Belgique ? 

« C’est très variable. Moi-même, je traverse chaque jour Bruxelles à vélo et ce n’est pas une mince affaire. Le centre historique de Gand est sûr et agréable pour les cyclistes. Le problème, c’est que notre pays a encore de nombreux « chaînons manquants », des carrefours ou des routes qui ne sont pas accessibles en vélo. L’État pourrait donc investir encore davantage dans l’amélioration des infrastructures et du réseau cyclable. Sans ces deux piliers, les gens ne se sentiront tout simplement pas en sécurité à vélo, et il sera impossible de les convaincre à sauter le pas. »

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