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« Les jeunes abandonnent de plus en plus la voiture, les baby-boomers suivront »

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Herman Konings, consultant en marketing et psychologue du changement, voit la mobilité changer de manière drastique, surtout chez les jeunes. Grâce à des applications de mobilité sur leur smartphone, ils se déplacent facilement, et de plusieurs manières, d’un point A à un point B. Les baby-boomers suivent peu à peu, tout comme l’industrie automobile.

 

Sommes-nous en train de changer de cap vers une mobilité plus durable ?

Herman Konings : « De nombreuses tendances se profilent. Le transfert modal est en marche et incite les personnes à utiliser différents moyens de transport. Embouteillages, difficulté d’accès de certaines destinations, etc. : la pression liée aux déplacements commence à leur peser.

Les plateformes de partage ont le vent en poupe. La Belgique met cependant du temps à adopter les dernières nouveautés, comme le commerce en ligne. En février 2018, Poppy, un système de partage extrêmement simple, a soudain vu le jour. Vous payez 30 cents par minute, vous pouvez garer votre voiture où vous voulez, le véhicule est entretenu et réparé... Huit mille personnes se sont inscrites au cours des deux premiers mois. Après huit mois, ce nombre avait doublé.

En 2011, l’Union européenne comptait déjà 700 000 clients inscrits sur des plateformes commerciales de partage. En 2015, ils étaient 11 millions et, selon les prévisions, quelque 15 millions d’utilisateurs y seront inscrits en 2020. »

Les jeunes sont-ils les principaux adeptes d’une mobilité plus durable ?

« Bien sûr. Dans l’UE, 90 % des membres de la communauté de l’autopartage ont moins de 35 ans et font donc partie de la génération Y. Une étude allemande a révélé qu’en 2000, 44 pour cent des jeunes de 18 à 29 ans souhaitaient posséder leur propre voiture. En 2016, ils n’étaient plus que 31 pour cent. Aux États-Unis, les chiffres indiquent une tendance similaire.

Les jeunes disposent généralement d’une meilleure formation que la génération précédente et il a été prouvé que la conscience environnementale est directement liée au niveau d’éducation. La communication sur les problèmes climatiques est aujourd’hui bien plus forte et les écoles y consacrent plus d’attention.

Les baby-boomers – soit les cinquantenaires et les sexagénaires – sont encore très attachés à la possession de leur voiture. Ils représentent généralement des ménages à deux revenus, ayant remboursé leur maison et disposant d’un certain capital. Ils accordent bien plus d’importance au statut et à la propriété que les jeunes. Ils veulent rouler en BMW ou en Mercedes.

Nous constatons qu’ils ne sont cependant pas insensibles au comportement de leurs enfants. Les baby-boomers ont dans un premier temps été réfractaires à Facebook et Airbnb, mais ils ont fini par les adopter. Ils ont également plus tendance à se rendre en ville. Ils veulent vivre l’ambiance urbaine, mais ils s’aperçoivent qu’ils ne peuvent pas toujours garer leur voiture dans le centre. »

Conscience environnementale « à crédit »

La mise en place d’un véritable changement ne se heurte-t-elle pas à des problèmes pratiques et financiers ?

« En effet. La conscience écologique est louable, mais les voitures électriques restent par exemple chères. Quand les jeunes entendent Elon Musk parler d’une voiture “bon marché” coûtant au moins 35 000 euros, ils décrochent. De plus, rouler à l’électrique soulève plusieurs questions : d’où tirons-nous l’énergie nécessaire pour alimenter ces voitures ? Et comment s’assurer qu’il y ait encore assez d’électricité si tout le monde roule en véhicule électrique ?

Par ailleurs, la capacité des transports publics doit être revue à la hausse. Certaines personnes prennent le train et restent debout tout le trajet, et ce, tant en première qu’en deuxième classe. De plus, le Wi-Fi n’est bon ni dans les transports de De Lijn, ni dans ceux de la SNCB, et il est difficile à capter dans le Thalys. Ces dernières années, j’ai moi-même pris plus souvent le train. Par considération écologique, mais aussi parce que j’aime ça. Je préfère passer mon temps dans le train que dans les embouteillages, car je peux y travailler.

Étant donné que les alternatives sont encore chères, peu confortables ou difficilement accessibles, certains jeunes font preuve d’une “conscience environnementale à crédit”. Ils veulent avoir une conscience écologique, mais la reportent à plus tard. Ils estiment que les baby-boomers, responsables de la pollution de l’environnement, doivent eux-mêmes résoudre le problème. Ces jeunes se laissent souvent tenter par un vêtement de chez Primark ou par un vol Ryanair à 29 euros. Tant qu’ils auront accès à des vols bon marché et à des voitures peu chères, il sera difficile pour eux de les abandonner. Les marches pour le climat vont probablement les influencer. En outre, des taxes vont être imposées aux vols en avion, ce qui rendra les voyages en train moins chers. »

Plateformes de partage

Comment l’industrie automobile répond-elle à la tendance d’une mobilité plus durable ?

« Les constructeurs automobiles proposent, notamment, des plateformes de partage. Ainsi, Car2Go de Daimler compte déjà plus de 3,5 millions d’utilisateurs en Europe. La plateforme de covoiturage BlaBlaCar affiche plus de deux millions d’utilisateurs. Athlon mise également sur les voitures B2B à partager avec Car2Use. Volvo considère aussi que les ventes de voitures ont perdu de leur superbe et que l’autopartage est l’avenir. Le plafond a été atteint en Europe, aux États-Unis, au Japon et en Océanie. La marque a donc lancé sa Volvo XC40 sous le slogan “By not owning things, you are not owned by things”.

D’autres entreprises tentent de rendre les voitures électriques plus abordables. Par exemple, Geely, la société mère chinoise de Volvo, a lancé la marque Lynk & Co. Elle souhaitait ainsi proposer aux jeunes des voitures neuves plus solides que leurs véhicules d’occasion et leurs citadines, certes moins chères, mais si fragiles qu’elles en font les principales victimes des accidents de la route.

Lynk & Co propose un SUV électrique aussi solide que la Volvo XC40, mais disponible à partir de 19 000 euros. La XC40 coûte, quant à elle, minimum 39 000 euros. Les véhicules Lynk & Co peuvent également être loués via un leasing. Une application permet de les partager et de négocier un prix. Si vous prêtez votre voiture à un ami, vous pouvez lui demander 10 cents par kilomètre. Si vous la prêtez à votre mère, vous pouvez demander 40 cents.

Si les voitures Lynk & Co sont si bon marché, c’est parce que Geely ne fait pas de publicité pour celles-ci. Toute la promotion se déroule via les réseaux sociaux et les RP. De plus, l’entreprise vend ses voitures en ligne et ne dispose que de quelques magasins par région. Les voitures sont directement livrées aux clients, permettant à Geely de ne pas devoir financer de grands show-rooms. BMW compte, par exemple, 89 points de vente en Belgique. Ces lieux sont d’énormes immeubles, qui coûtent très cher – un coût facturé au client.

Les constructeurs automobiles optent également pour d’autres moyens de transport. Plusieurs marques ont lancé des vélos électriques, des trottinettes électriques, des monocycles, etc. »

Les responsables politiques ont-ils également suivi le changement de cap ?

« Je ne peux pas me prononcer à ce sujet. J’espère que l’Europe continuera de suivre la tendance et que les revendications claires des manifestants pour le climat feront bouger les choses. »

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