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À quel point la voiture de société moderne est-elle verte ?

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L’affirmation selon laquelle les voitures de société sont les voitures les plus vertes du marché n’est pas vraie. C’est du moins ce que révèle une étude menée récemment par le BSI (Brussels Studies Institute) sur l’impact environnemental du marché des voitures de société belges, comprenant encore 71 % de véhicules diesel en 2016.

Dans le cadre de son étude, le chercheur de la VUB Nils Hooftman s’est basé sur les chiffres des immatriculations de la Direction pour l’Immatriculation des Véhicules (DIV) de 2015 et 2016. Concrètement, il a comparé l’Ecoscore des voitures de société et celui des voitures particulières. Cet Ecoscore évalue le caractère écologique d’une voiture en fonction de son influence sur l’effet de serre, la qualité de l’air et les nuisances sonores. 

Plus d’émissions de CO2 qu’escompté

« Il existe de nombreuses fausses idées sur le caractère écologique des voitures diesel », explique  ??(hier ontbreekt iets) « L’une des plus fréquentes consiste à croire que leurs émissions de CO2 réelles sont bien plus faibles que celles des voitures essence. Sur la base de cette idée – erronée – les entreprises se sont massivement équipées de voitures diesel ces dernières années. » 

Depuis le « dieselgate », il est communément connu que les voitures diesel Euro 6 émettent bien plus de NOx (oxydes d’azote) que ce que les résultats de l’ancien test NEDC (test du nouveau cycle européen de conduite, une méthode de test désuète, remplacée par une nouvelle procédure en 2017, NDLR) laissaient entendre. L’étude du BSI démontre en outre que la différence d’émissions de CO2 entre les voitures diesel et les voitures essence est bien plus faible que supposée. À l’heure actuelle, une voiture essence émet de 5 à 10 % de CO2 de plus qu’une voiture diesel. Une voiture essence propre arrive même au même niveau de CO2 qu’une voiture diesel. « De plus, les employeurs disposant d’une voiture de société au diesel parcourent près de deux fois plus de kilomètres que les véhicules essence immatriculés à des fins privées. » 

Cycle de vie complet 

Dans leur comparaison, les chercheurs ont également tenu compte du cycle de vie complet d'une voiture. Outre les importantes émissions annuelles liées aux kilomètres parcourus, la production des véhicules entraîne beaucoup d’émissions (et a donc un fort impact environnemental), qui doivent également être prises en compte. En ce qui concerne le cycle de vie complet des véhicules, les voitures diesel enregistrent à nouveau de moins bons résultats que les voitures essence. Cette conclusion est confirmée par une étude de Transport & Environment,  démontrant qu’une voiture diesel émet, au cours de son cycle de vie complet, 3,65 tonnes de CO2 de plus qu’une voiture essence.

Trop d’oxydes d’azote

Les émissions de polluants nocifs ont également d’importantes répercussions sur l’environnement. Les oxydes d’azote (NOx) sont ainsi en grande partie responsables de la formation d’ozone et de smog. Ces polluants sont souvent oubliés lors de la comparaison de l’impact des véhicules diesel et des véhicules dotés d’autres technologies de carburant. Les derniers tests pratiques indiquent que les voitures essence restent bien en deçà de la limite autorisée en matière d’oxydes d’azote. Il en va, une nouvelle fois, tout autrement pour les voitures diesel. « Elles émettent bien plus d’oxydes d’azote que les véhicules essence à cause de leur processus de combustion. Il existe également une grande différence entre les mesures en laboratoire et les résultats de tests pratiques. » Le nouveau cycle, assorti de tests pratiques sur la route, mesure les émissions de manière plus réaliste. 

Étant donné que les anciennes procédures de test n’enregistraient pas ces émissions élevées, les émissions d’oxydes d’azote nocifs ont à peine baissé ces vingt dernières années. En septembre 2017, la Commission européenne a lancé un nouveau cycle de test, baptisé procédure WLTP, qui calcule les émissions de manière plus réaliste. Les véhicules sont donc désormais soumis à un test RDE ou test d’émissions en situation réelle (real driving emissions, en anglais). « Les véhicules diesel réussissent généralement ces nouveaux tests pratiques, mais des tests d’organismes indépendants révèlent qu’une différence demeure entre les résultats de ces nouveaux tests et la réalité : selon eux, même les derniers modèles émettent jusqu’à cinq fois plus d’oxydes d’azote que le niveau autorisé. Certaines voitures diesel restent sous la limite après de nouveaux tests, mais elles semblent être des exceptions. »

Moins de diesel, plus d’électrique

Nils Hooftman espère que ses recherches démontrent qu’il est nécessaire de rapidement supprimer le diesel du marché des voitures de société belges. Une électrification totale de ce marché serait, d’après lui, encore mieux. « Dans un contexte urbain, les véhicules diesel ont un impact six fois plus négatif sur la santé de la population que les voitures électriques. Pour les voitures essence, cet impact est deux fois plus important. Par conséquent, même si les voitures essence affichent de meilleurs résultats que les voitures diesel, elles ne représentent pas une solution respectueuse de l’environnement à long terme. Nous devons donc tous adopter des voitures à faibles émissions de carbone, et ce, même dans le monde des entreprises. »

L’électrification du marché des voitures de société progresse avec hésitation. Selon Nils Hooftman, le nombre de véhicules électriques devrait augmenter. « Aujourd’hui, les voitures diesel représentent le choix par défaut pour les voitures de société dans 90 % des cas. Je pense qu’il serait bon de plutôt proposer, de base, des véhicules électriques aux employeurs. Seuls les employeurs qui n’ont pas de possibilité de recharge chez eux ou qui prennent souvent la route pourraient alors encore opter pour une voiture diesel. » 
Au niveau politique, la voiture électrique pourrait bénéficier d’un plus grand soutien. « Notre gouvernement pourrait lancer des campagnes d’information sur les véhicules électriques. » Un système de subventions pour les opérateurs de flotte pourrait également marquer un pas dans la bonne direction. « Les véhicules électriques sont encore relativement chers. Il existe un système de subventions pour les particuliers, mais celui-ci ne tient pas compte des voitures de société. » 

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