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« Ménagez votre santé, roulez ergonomique »

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Quel est l’impact de longues heures de conduite sur notre corps ? Comment aménager le plus ergonomiquement possible les voitures particulières et véhicules utilitaires ? Et quelles sont les obligations de l’employeur ? Nous avons posé toutes ces questions à Roeland Motmans, président de la Vlaamse Ergonomievereniging (VerV), l’Association flamande d'ergonomie. « Beaucoup de conducteurs n’ont pas conscience de l’importance pour leur santé d’une posi-tion assise ergonomique. »

L’époque où l’utilitaire n’était qu’une caisse de tôle sur roues est révolue depuis longtemps. Les syndicats veillent au grain pour que tous les équipements de confort soient présents : sièges ergonomiques, airbags, espace de chargement fonctionnel, … Le réglage du siège du conducteur et le chargement/déchargement intelligent sont des points d’attention importants. Nous avons interrogé Roeland Motmans, président de la Vlaamse Ergonomievereniging (VerV), sur l’importance de l’ergonomie dans les véhicules.

Quel est l’impact de longues heures de conduite sur notre corps ?

Les dangers de la sédentarité (c.-à-d. le fait de rester longtemps assis) au bureau guettent aussi les professionnels de la route. En effet, ceux-ci restent souvent assis pendant des heures dans leur véhicule sans guère bouger. Il en résulte deux risques majeurs. D’une part, le risque de maux de dos tenaces augmente. D’autre part, les chauffeurs profession-nels souffrent plus souvent de problèmes de santé généraux tels que les maladies cardiovasculaires, le cancer et le diabète.

Comment rouler de manière plus ergonomique ?

Un chauffeur doit veiller à rester assis moins longtemps et à être bien assis. Toutefois, rester assis moins longtemps, ce n’est pas évident pour les professionnels qui conduisent beaucoup. Les chauffeurs de poids lourds, tenus au respect des temps de repos légaux, possèdent généralement un tachygraphe dans leur véhicule. Ce dispositif leur permet néanmoins de rester derrière le volant pendant 4 h 30 sans interruption. Organiser des pauses plus régulières pour bouger entraîne souvent une trop grande perte de productivité ou de très longues journées de travail. Une solution plus réaliste passe donc par une bonne position assise sur un siège conducteur ergonomique.

À quoi ressemble un bon siège conducteur ?    

Sur un siège ergonomique, la hauteur d’assise, la profondeur d’assise et la distance par rapport aux pédales sont ré-glables. Le dossier est également adaptable : l’inclinaison, mais aussi la forme incurvée dans le bas du dos, doivent pou-voir être réglées en hauteur et en profondeur. Pour les conducteurs de camionnettes, des sièges pneumatiques avec réglages adaptés au poids corporel peuvent être indiqués, afin d’amortir autant que possible les vibrations. Même si la plupart des routes belges sont d’assez bonne qualité et donnent généralement satisfaction en matière de vibrations.

Quelles sont les obligations de l’employeur en matière d’ergonomie ?

En Belgique, la loi relative au bien-être constitue la base dans le domaine de la sécurité et de la santé au travail. Cette loi oblige l’employeur à réaliser une analyse de tous les risques et, sur cette base, à prendre des mesures adaptées pour protéger son personnel. Les conducteurs d’utilitaires ont ainsi droit à un siège ergonomique, pneumatique ou non. Ils devraient également bénéficier d’une formation sur la manière de bien régler le siège, de soulever intelligem-ment les charges lors du chargement et du déchargement, et de parer aux conséquences d’une position assise prolon-gée. Les conducteurs de véhicules particuliers, c.-à-d. de voitures de société « ordinaires », sont beaucoup moins ex-posés. La qualité du siège conducteur proposé par la plupart des marques automobiles est très élevée. Toutefois, les intéressés doivent évidemment savoir quelle est la bonne position assise et comment régler correctement leur siège (voir encadré). Il est important de rafraîchir régulièrement ces connaissances.

Quelle est l’importance de la sensibilisation ?

L’ergonomie est une responsabilité partagée de l’employeur et du travailleur. L’employeur peut prendre toutes sortes de mesures ergonomiques et techniques, mais ce sont in fine les chauffeurs qui doivent les appliquer. Une conduite de plusieurs heures par jour va souvent de pair avec un mode de vie malsain : les chauffeurs professionnels mangent en route, sautent souvent les repas chauds, bougent peu, ont un sommeil irrégulier, … Ce n’est pas sans risques pour la santé et il est important que ces chauffeurs en aient bien conscience. D’où l’importance d’une information et d’une sensibilisation appropriées. Mais comme je le dis toujours : il faut viser en premier lieu l’ergonomie optimale d’un véhi-cule sur le plan technologique, c’est la base. Le travail de sensibilisation ne peut débuter qu’une fois cette conditions remplie.

Les conducteurs de camionnettes doivent souvent monter et descendre du véhicule pour charger et décharger. À quoi doivent-ils être particulièrement attentifs ?

Pour charger et décharger des cargaisons lourdes/volumineuses, la présence d’un hayon élévateur est impérative. Les dispositifs d’aide tels que diables et transpalettes électriques peuvent également alléger le travail d’un chauffeur d’utilitaire. Sauter du véhicule ou du hayon est à proscrire : cela peut être mauvais pour le dos et les articulations. Il est également important de soulever des charges d’une manière respectueuse  du dos : mettez-vous toujours accroupi, ne soulevez jamais une charge trop haut, dirigez vos orteils dans la direction de l’objet et tendez les muscles du bas du dos, du ventre et du plancher pelvien. Une bonne ergonomie est plus difficile à atteindre pour les chauffeurs qui li-vrent au domicile des clients. En effet, ceux-ci doivent souvent faire face à des circonstances imprévues qui échappent également au contrôle de l’employeur : escaliers raides, passages étroits, coins difficiles, ... L’employeur doit alors trouver le bon équilibre entre l’importance du service au client et les risques ergonomiques pour son personnel.

Qu’est-ce qu’une position assise ergonomique dans la voiture ?

Siège
  • Profondeur : quand vous enfoncez la pédale d’embrayage, vous devez maintenir une légère courbure au niveau du genou. De même, le pied ne doit pas être totalement étendu lorsque vous appuyez sur la pédale.
  • Hauteur : gardez vos yeux au centre du pare-brise et sous le rétroviseur. Maintenez un espace d’au moins une paume de main entre le sommet de votre tête et le toit.
  • Repose-jambe : veillez à ce que vos cuisses soient soutenues au maximum, tout en ayant le creux des genoux dégagé. Vous devez pouvoir glisser votre poing entre vos cuisses et le siège.
Dossier
  • Inclinaison : l’angle entre les cuisses et le tronc doit osciller entre 95° et 115°. Vous devez pouvoir poser vos poignets au-dessus du volant, avec le bras tendu de manière lâche.
  • Soutien du bas du dos : il est important que le creux du bas du dos soit soutenu. Le soutien doit se situer au-dessus de votre ceinture.
  • Appuie-tête : placez la partie supérieure de votre appuie-tête à hauteur du sommet du crâne ou un peu plus bas. Ce principe vaut aussi pour les passagers. La distance entre la tête et l’appui est d’environ 5 centimètres (ne basculez donc pas trop votre siège en arrière).
Volant
  • Hauteur : vous devez pouvoir étirer votre bras à hauteur d’épaule vers l’avant, la hauteur du volant se situe donc maximum à hauteur d’épaule.
  • Distance : tenez le volant avec vos mains positionnées à « trois heures moins quart » et détendez vos bras.
  • Généralités : conduisez le plus possible avec les deux mains sur le volant. Roulez détendu, mais ne lâchez jamais le volant.
Rétroviseurs
  • Rétroviseur intérieur : ajustez le côté gauche du rétroviseur sur le côté gauche de la vitre arrière, afin de disposer d’une visibilité maximale dans la vitre arrière.
  • Hauteur rétroviseur extérieur : veillez à pouvoir voir 1/3 de ciel et 2/3 de route dans vos rétroviseurs extérieurs.
  • Angle rétroviseur extérieur : vous devez pouvoir voir clairement la partie latérale arrière du véhicule.
Ceinture de sécurité
  • Portez-la à tout moment.
  • Elle ne doit pas vous « couper » le cou ni entraver les mouvements de vos bras.
  • Elle ne doit pas être retournée.
  • Ne mettez pas de lunettes, feutre ou GSM dans votre poche de poitrine.
  • La cravate doit être placée au-dessus de la ceinture.
  • Femmes enceintes : ceinture sous le ventre.
Repose-bras
  • Évitez de surélever les épaules ou les coudes.
  • Le coude doit être toujours plus bas que l’épaule (y compris pour le bras gauche !).
  • Attention aux « positions de biais », ne posez pas votre coude sur la portière, par exemple.
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