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« Le modèle économique de la voiture de société tremble sur ses bases. »

Athlon au festival de l’innovation Hack Belgium

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Imaginez un instant : une Belgique « carrefour du monde », réputée pour ses flux de circulation multimodaux et durables, à grande échelle. Le festival de l’innovation Hack Belgium, qui se tiendra durant trois jours, a fait de cette vision de rêve l’un de ses quinze travaux d’Hercule. Athlon vient prêter main forte à cette initiative révolutionnaire. « Nous sommes à la veille d’une révolution sans précédent dans notre gestion de la mobilité », souligne Erwin Ollivier, CEO d’Athlon Belgique. Pourquoi Athlon soutient-elle Hack Belgium et quel rôle joue-t-elle à cet égard ?

Erwin Ollivier : « Je pense que le secteur des voitures de société fait face à une évolution de rupture, comme l’a connue le secteur des télécoms dans les années 90. Celui-ci a alors dû repenser totalement son modèle économique pour le faire évoluer de solutions monopolistiques à un fournisseur mobile à part entière. Aujourd’hui, la voiture de société est sur la sellette à divers égards : l’Europe veut mettre fin au sur-subventionnement, les dirigeants politiques inscrivent le budget mobilité et la taxe kilométrique à l’ordre du jour, etc. Nous devons nous attendre à ce que les fondements de notre modèle économique changent. Athlon choisit de ne pas subir ce changement, mais d’agir avec proactivité en s’écartant des schémas de réflexion traditionnels et en réinventant notre manière de travailler. Les initiatives telles que Hack Belgium sont idéales pour sortir des sentiers battus et entrer en contact avec de nouveaux réseaux et concepts. »

Hack Belgium veut placer notre pays sur la carte et en faire « le carrefour du monde », réputé pour ses flux de circulation multimodaux et durables, à grande échelle. Un pays où tout le monde se déplace avec sécurité, rapidité et confort. Reste-t-il beaucoup de chemin à parcourir pour réaliser cette vision ?

« Je pense que nous en sommes encore très éloignés. Tout d’abord se pose un problème d’offre et de demande. Tout le monde n’a que le mot « multimodalité » à la bouche, mais la façon dont l’aménagement du territoire a été organisé dans les années 70 a complètement dissocié les fonctions d’habitat et de travail. Nous travaillons dans des zonings industriels, à la périphérie des villes, et nous habitons dans des zones rurales et isolées, avec une infrastructure routière dans laquelle on a très peu investi ces trente dernières années. Ajoutez à cela le fait que nous cherchons à faire de la Belgique la plaque tournante logistique d’Europe, ce qui engendre énormément de transport de marchandises. Qui plus est, les transports publics se concentrent sur les centres-villes : pour se rendre au travail en transport en commun, il faut souvent prendre deux à trois correspondances. C’est trop ! » « Ces dernières années, on a énormément investi dans les infrastructures cyclables, et je trouve que c’est une bonne chose, surtout au vu de la popularité croissante des vélos électriques. Pour les déplacements courts, le vélo est le mode de transport le plus efficace. Nous voyons que les entreprises commencent à y recourir. Cela ne signifie toutefois pas que les conducteurs soient prêts à renoncer à leur voiture de société. Malgré les embouteillages, la voiture reste la solution la plus rapide. Elle fait également mieux que les transports en commun et le vélo en termes de confort et d’intimité. Beaucoup de personnes déposent leurs enfants à l’école en voiture, puis se rendent au travail ou font des courses en chemin. Le grand défi est donc : comment faire en sorte que les gens soient demandeurs d’une mobilité durable et multimodale ? Et comment pouvons-nous rendre l’offre beaucoup plus qualitative, efficace et personnalisée, sans devoir y injecter des milliards, car nous ne disposons pas aujourd’hui de cette manne financière ? Cela fait partie de la réflexion que nous devons mener avec Hack Belgium. »

La Belgique est la championne des embouteillages en Europe, avec le plus d’heures perdues et de retard. Comment démêler cet écheveau automobile ? En renforçant les infrastructures routières ? En introduisant le budget mobilité ?

« Il faut les deux. Prenez les Pays-Bas : ils étaient les champions des embouteillages il y a dix ans, mais en repensant et redessinant leur réseau routier, la circulation y a été sensiblement améliorée. En Belgique, cela fait des années que l’on attend l’élargissement du ring de Bruxelles et la liaison Oosterweel. Ces travaux d’infrastructure sont essentiels car la voiture restera, selon moi, une partie de la solution dans le futur. » « La taxe kilométrique va certainement voir le jour – il ne faut pas être naïf – et elle peut contribuer à sensibiliser davantage les gens à la gestion de leur mobilité. Le réseau cyclable doit également être étendu et nous devons réfléchir à la manière de mieux exploiter les flux de circulation existants grâce à l’autopartage. »

Selon une enquête de l’Institut flamand pour la mobilité (VIM), deux employeurs sur trois sont séduits par le budget mobilité. Quels sont les derniers obstacles, selon vous ?

« Je suis convaincu que le budget mobilité va arriver, peut-être même dès le prochain contrôle budgétaire du gouvernement fédéral en avril ou mai 2017. Le concept est donc déjà bien intégré dans les cercles politiques, reste à en connaître les contours concrets. À mes yeux, donner aux employés un montant net qu’ils peuvent dépenser à leur guise n’est pas une bonne idée. Les automobilistes conserveront plus longtemps leur voiture, ce qui engendrera un parc automobile belge vieillissant et plus polluant. Je suis par contre partisan de l’attribution d’un budget permettant aux gens de mieux organiser leur mobilité. Mais la mise en œuvre pratique d’un tel système est un tour de force qui touche à différents domaines, allant de la fiscalité à la législation salariale, en passant par la réglementation de la TVA et les taxes. »

Dans le magazine FLEET de février 2015, vous souligniez que les sociétés de leasing doivent revoir leur business model, pour évoluer d’une société de leasing traditionnelle à une entreprise qui propose des solutions de mobilité. Pourquoi ce revirement est-il nécessaire ? Voyez-vous une évolution sur le marché ?

« Athlon a été la première société de leasing à développer des solutions de mobilité pour ses clients. Entre-temps, une petite poignée de collègues ont également pris le train en marche. C’est une bonne nouvelle car cela crée une émulation pour nous surpasser. Dans le même temps, je constate que ces nouveaux produits de mobilité ne sont pas guidés par une décision politique stratégique visant à préparer l’entreprise au monde de demain et à rechercher des solutions aux problèmes de société. » « Nous sommes vraiment face à une révolution dans la manière dont la société et le législateur vont appréhender la mobilité. C’est un défi que nous ne pourrons relever qu’ensemble, en suscitant une adhésion la plus large possible. Regardez le secteur automobile, depuis toujours bastion protectionniste, où les concurrents collaborent aujourd’hui pour innover. Le secteur du leasing ne peut avoir la prétention de trouver, tout seul, une solution qui rallie tous les suffrages. »

En 2016, Deloitte a sondé les choix de mobilité et les attentes concernant la possession d’une voiture. Un quart des consommateurs de la génération Y (nés entre 1977 et 1994) n’a pas l’intention d’acheter ou de prendre en leasing une voiture dans les années qui viennent. Comment une société de leasing comme Athlon se prépare-t-elle à cette évolution ?

« J’entends et je lis aussi ces chiffres et je me demande s’il faut y voir un achat simplement retardé ou un véritable changement fondamental de la gestion de la mobilité. Tant que les jeunes sont aux études, ils peuvent souvent très bien s’en tirer sans véhicule. Mais dès qu’ils travaillent ou ont des enfants, ils en reviennent souvent à la voiture. » « Je me pose donc des questions devant ce type d’enquêtes. En revanche, je constate effectivement une évolution de la possession à l’utilisation d’un véhicule. Cela ne vaut d’ailleurs pas seulement pour les voitures de société, mais aussi pour d’autres produits : des voisins qui achètent une tondeuse ensemble, par exemple, au lieu d’en acheter une par ménage. La voiture se prête d’ailleurs parfaitement à ce modèle car, 80 % du temps, elle ne bouge pas. » « Je ne dirais pas qu’Athlon est prête à 100 % à cette évolution, mais nous sommes en bonne voie pour y opposer des solutions. Nous avons par exemple lancé récemment un projet pilote, baptisé Car2Use, afin de tester un concept d’autopartage pour les zonings industriels. Au début, 80 % des gens préféreront peut-être leur propre voiture, mais Athlon possède d’ores et déjà en interne une alternative valable pour les 20 % restants, qui grimperont petit à petit à 30, 40, voire 50 %. »

Dans quel délai prévoyez-vous la commercialisation de la voiture autonome ?

« De nombreux acteurs du marché ne voient actuellement pas en quoi la voiture autonome marquera une rupture par rapport à certains concepts de mobilité existants. Pourtant, si la voiture autonome s’impose demain, pourquoi les gens feraient-ils encore appel aux sociétés de transport en commun comme la STIB, De Lijn et les TEC ? On pourra à tout moment faire appel à une voiture autonome pour être transporté à destination. Cela créera ainsi une sorte de pools de taxis. Selon moi, les sociétés de transport en commun doivent se réinventer, sinon d’autres acteurs – et pourquoi pas les sociétés de leasing ? – prendront leur place. Uber a déjà formulé sa vision du futur en ce sens et se dirige, à terme, vers une flotte de voitures autonomes. L’impact sera énorme, même si chaque ménage conserve encore une voiture. En effet, la Belgique compte un million de deuxièmes ou troisièmes voitures, sur un total de cinq millions. Retirez-les de la route et vous avez pratiquement résorbé le problème des embouteillages. »

Comment nous déplacerons-nous en 2050 ?

« Je pense que la possession personnelle d’une voiture sera un luxe en 2050. La majeure partie des déplacements se fera grâce à la technologie autonome. Pour les courtes et moyennes distances, les gens utiliseront des équipements alternatifs alimentés à la manière d’un vélo. Le transport individuel primera donc, tandis que le transport collectif disparaîtra progressivement, sauf pour les longs trajets, comme Bruxelles-Paris, pour lesquels les trains à grande vitesse ou – qui sait ? – l’hyperloop d’Elon Musk (un système de transport sous la forme d’un tube à basse pression, ndlr) seront les choix les plus intelligents. Les avions ne seront plus utilisés que pour les vols intercontinentaux. »

L’avenir nous réserve beaucoup de surprises…

« C’est le moins que l’on puisse dire, nous sommes au cœur d’une période extrêmement passionnante ! »

Hack Belgium se déroulera les 4, 5 et 6 mai à Bruxelles. Mille professionnels issus des horizons les plus divers se pencheront sur des solutions, technologies et innovations commerciales ingénieuses pour une Belgique plus performante. Il est toujours possible de s’inscrire au festival. Plus d’infos sur www.hackbelgium.be. Hack Belgium est à la recherche de 200 volontaires prêts à retrousser leurs manches avant et pendant l’événement. Vous êtes un homme/femme-caméléon ou un touche-à-tout créatif et vous voulez rencontrer des gens inspirants à un événement révolutionnaire ? Inscrivez-vous dès à présent via ce lien.

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