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« La mobilité durable ? Commençons par aménager la ville de façon intelligente »

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Si nous ne voulons pas que les bouchons dominent notre vie, il faut absolument lancer tout un train de mesures : aménager davantage de Park & Rides, instaurer un budget mobilité, étendre le prélèvement kilométrique aux voitures. Voilà ce que déclare Kobe Boussauw, professeur en aménagement du territoire et mobilité à la Vrije Universiteit Brussel et élu personnalité 2015 de la mobilité par le Réseau de mobilité durable. « Un aménagement urbain mûrement réfléchi est pour le moins tout aussi important, car il peut largement contribuer à une mobilité plus durable ».

Comment un aménagement du territoire mûrement réfléchi peut-il contribuer à davantage de mobilité durable ?

« L’aménagement d’une ville ou d’une région a une grande influence sur la façon dont les gens se rendent au travail : y a-t-il trop ou trop peu de parkings ? Y a-t-il une gare ou un arrêt de bus à proximité ? Prenons l’exemple d’une ville comme Louvain-la-Neuve : son centre est un vaste espace piétonnier, exempt de tout véhicule. Si l’on y vient en voiture, on est dirigé vers un parking souterrain via l’un des nombreux tunnels. Les voies de chemin de fer se trouvent aussi sous le niveau du sol. Cet aménagement urbain intelligent se reflète dans les chiffres concernant le trajet domicile-travail : 12 % des habitants de la commune d’Ottignies-Louvain-la-Neuve se rendent au travail à pied et 12 % supplémentaires prennent le train. Si l’on compare ces chiffres à ceux du campus universitaire liégeois du Sart-Tilman, éloigné de la ville, la différence est on ne peut plus claire : moins de 1 % des travailleurs s’y rendent à pied ou à vélo et moins de 2 % optent pour le train ».

Louvain-la-Neuve a été construite en 1968 en tant que ville entièrement nouvelle. Pourrions-nous également promouvoir des modes de transport durables dans nos villes historiques ?

Avec leurs petites rues étroites, de nombreux centres urbains historiques sont parfaitement adaptés à la mobilité durable. Des zones à vitesse réduite ou interdites à la circulation ont déjà été aménagées dans plusieurs villes, mais cela ne suffit pas. Là encore, une planification urbaine mûrement réfléchie s’avère cruciale : il faut veiller à ce que les commodités telles que les magasins, écoles, installations sportives, etc. se situent à proximité des centres résidentiels. Si l’école et le supermarché ne sont qu’à 200 mètres, on aura davantage tendance à prendre son vélo plutôt que la voiture. Une politique de transport globalement intégrée devrait être un must dans n’importe quelle ville. Dans ce domaine, le plan mobilité de la ville de Gand s’avère particulièrement prometteur ». « Les Park & Rides aménagés autour des grandes villes peuvent également favoriser la mobilité. Les travailleurs qui doivent se rendre en ville peuvent garer leur véhicule dans un parking situé en dehors du ring et prendre ensuite un bus ou un tram jusqu’au centre. À Amsterdam, cette mesure a déjà largement prouvé son efficacité. On pourrait parfaitement déployer un tel système autour de villes comme Bruxelles ou Anvers. C’est vraiment dommage que ce type d’aménagements se fasse attendre ».

Comment pouvons-nous agir personnellement ?

« En choisissant un logement situé à proximité de son travail. À l’heure actuelle, les Belges habitent en moyenne à 20 km de leur lieu de travail et lorsque l’on habite aussi loin, on a beaucoup plus souvent besoin d’une voiture pour parcourir de longues distances, surtout s’il n’y a pas de gare à proximité. En choisissant un lieu de résidence, mieux vaut bien réfléchir et vérifier si celui-ci est compatible à long terme avec les plans de carrière et les plans familiaux : y a-t-il une école à proximité ? Qu’en est-il de l’emploi dans la région ? La ministre flamande de l’Environnement, Joke Schauvliege, a annoncé qu’elle planchait actuellement sur un « score M », c’est-à-dire un score de mobilité appliqué aux logements. Ce score indiquera clairement si un logement est facilement accessible ou non. Il s’agit à mon avis d’une mesure particulièrement intéressante ».

Sur quoi devrons-nous miser dans les années à venir ?

« Je suis partisan d’un prélèvement kilométrique étendu aux véhicules particuliers. Ce type de taxe incitera les usagers de la route à réfléchir davantage à leurs déplacements, à reporter un trajet jusqu’à ce que la circulation soit moins dense ou à laisser leur voiture un jour de plus au garage. Ceux qui paieront bénéficieront en échange de routes plus dégagées ». « Le fait que le gouvernement fédéral souhaite instaurer le budget mobilité est une bonne chose : un travailleur pourra librement consacrer ce budget à toute une série de modes de transport. Il pourra au besoin opter pour la voiture, mais aussi pour le train ou le vélo. Il choisira donc le moyen de transport le plus efficace pour chaque déplacement ».

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